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Facebook dating, 14 ans d’abstinence

14 mai 2018 Commentaires

Le 1er mai 2018, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, a annoncé qu’un service de rencontres serait intégré au réseau social d’ici la fin de l’année. Avec ses 2 milliards d’utilisateurs dont près de 200 millions de célibataires, Facebook vient bousculer le marché du dating déjà bien saturé. Un secteur où une concurrence implacable laisse bon nombre de jeunes acteurs sur le carreau. Les rôles risquent de s’inverser avec ce challenger hors norme qui pourrait bien malmener les poids lourds en place…
Depuis ses débuts, le réseau social entretient des rapports ambigus avec la rencontre en ligne. Facebook a continuellement retardé cette fusion qui semblait pourtant inéluctable.

Facebook dating, 14 ans d’abstinence

14 ans que Facebook tourne autour du pot !

« L’une des plus grandes ironies, pour moi, est lorsque beaucoup d’entre nous on rejoint la toute première version du service en 2004, on était alors qu’une poignée d’étudiants, mais nous étions convaincus que le dating serait la prochaine fonctionnalité ajoutée par Facebook. Nous avions raison, 14 ans trop tôt. »
Chris Cox, chef de produit Facebook, s’exprimant le 1er mai 2018 lors de la conférence annuelle des développeurs, à Saint José en Californie.

Facebook voit le jour à l’Université d’Harvard en 2004. Les éléments de base qui caractérisent le jeune réseau social de Mark Zuckerberg rappellent ceux d’une plate-forme de rencontre en ligne : une base d’utilisateurs, leur page de profil détaillée avec leurs photos, des fonctionnalités de recherche, et la possibilité de dialoguer entre usagers.
La page de profil, permet de préciser sa situation amoureuse : célibataire, en couple, marié… Une information essentielle, puisque s’afficher « célibataire » c’est implicitement se déclarer disponible pour des rencontres. Dans le film de David Fincher : The social network – sur les débuts de Facebook – une scène relate clairement l’importance du statut, une information capitale aux yeux des jeunes étudiants pour repérer les jeunes filles célibataires du campus.

Zuckerberg (interprété par Jesse Eisenberg) : « – Situation amoureuse, intéressé. C’est ce qui motive la vie au College. Es-ce que vous avez des rapports sexuels, ou pas ? (…) C’est sur ça que va tourner Facebook, les gens vont se connecter (…) et il y a une chance, qu’ils s’envoient vraiment en l’air ! »

Le réseau social prenant de l’ampleur, cet aspect est tempéré au profit d’une image plus policée, la famille et les amis avant tout.
Au début des années 2000 les dating n’a pas bonne presse, le grand public ne voit pas d’un bon œil l’émergence des sites de rencontres. Facebook est en pleine ascension et ne prend pas le risque de se mettre à dos une partie de ses utilisateurs. L’usage du réseau pour des rencontres amoureuses est mis de côté en attendant des jours meilleurs. Facebook prend alors le parti de ne pas développer ce potentiel.

Dans les faits, le réseau social est déjà un excellent dispositif de rencontres en lui-même, sans disposer pour autant de fonctionnalités dédiées. Les utilisateurs sont bien conscients de cette opportunité. Retrouver d’anciennes conquêtes, renouer contact avec ses amours de jeunesse, « découvrir » les amis de ses amis… Sous couvert d’étendre son réseau, de réunir sa tribus, se trament des intentions plus intimes. De désillusions en déconvenues, on ne se refait pas une jeunesse, de l’eau a coulé sous les ponts : le beau gosse de nos vingt ans, n’a plus la même fraîcheur, il est marié, trois enfants, et ses grands projets d’avenir se sont parfois envolés ou mis de côté.
Pourtant, des couples se forment sur le réseau, la magie opère dans l’ombre. On échange plus facilement son compte Facebook que son numéro de téléphone.

« 200 millions d’usagers de Facebook se présentent comme célibataires sur leur profil » déclare Mark Zuckerberg. Ce statut ne reflète pas vraiment la réalité pour beaucoup d’entre eux, mais l’intention en tout cas, est bien là. Les utilisateurs « célibataires » n’attendent que ça !

Le PDG de Facebook s'exprimant à la conférence F8 de Saint José
Mark Zuckerberg – patron de Facebook – lors de la conférence des développeurs 2018

Pas de coups d’un soir… c’est ce qu’on dit, c’est ce qu’on dit

Officiellement, le patron de Facebook souhaite que le service « se focalise sur les relations qui ont du sens ». Pour Mark Zuckerberg, cela implique des relations à long terme, des couples avec un projet de vie, c’est du sérieux. Dans les faits, c’est déjà moins évident. Aucun site de rencontre n’est susceptible d’offrir ce genre de garantie. Il s’agit juste d’une ligne directrice pour se donner bonne conscience, montrer qu’on ne cautionne pas les relations superficielles, les coups d’un soir. Un clin d’œil évident à Tinder, puisque l’application fait référence en la matière. Bref, Facebook flatte ses utilisateurs les plus puritains et garde le cap : la famille et les amis d’abord !

De toute évidence, au début d’une relation de couple, les motivations de l’autre nous échappent. Une relation à long terme s’acquière au fil du temps. Les indécis s’emballent vite et se projettent un avenir radieux à deux, une progéniture, la maison, et ils se dégonflent tout aussi vite. D’autres enivrent leur proie tel le renard de La Fontaine dans l’unique but de concrétiser, coûte que coûte. Bref, le coup d’un soir peut toujours arriver. A ce petit jeu, de nombreux célibataires finissent dégoûtés ou désabusés. Quelques-uns se laisseraient même tenté par dépit aux relations sans lendemain.
Les règles ont changé, les occasions de rencontres sont quasi infinies et juste à portée de clic, pourquoi s’en priver ? C’est donc avant tout, les utilisateurs et l’usage qu’il font de l’outil qui définit l’orientation. Facebook pourrait bien revoir ses ambitions sur ce point, à moins que ça ne soit qu’une annonce de façade ? Apparemment, la fonction dating ne sera pas restreinte aux célibataires. Les utilisateurs qui ont choisi de s’afficher en couple sur leur profil pourraient eux aussi accéder aux fonctionnalités de rencontre proposées par Facebook . Étrange parti pris pour des rencontres dites sérieuses,non ?

Une discrétion à toute épreuve… faites confiance aux amis de vos amis

Heureusement, Facebook préserve l’entourage des postulants : un profil dating bien distinct du profil Facebook, et un code moral  : « on ne vous suggérera pas vos amis » précise Mark Zuckerberg. Par contre, les amis de vos amis… Pour les célibataires qui pensaient évoluer incognito, ce n’est pas gagné d’avance, à moins que les amis de leurs amis soient d’une discrétion à toute épreuve, mais on peut en douter : ils s’affichent déjà sur un réseau où la retenue n’est pas usuelle. Quand aux pseudo célibataires, ils risquent vite de déchanter, pris la main dans le sac. C’est d’autant plus probable qu’un groupe d’amis partage des centres d’intérêts et des activités en commun  – assister à un concert par exemple. Quand la meilleur amie de votre copine découvre sur place votre minois parmi les « célibataires » présents au concert, elle fait quoi à votre avis ?
Facebook souhaite d’ailleurs utiliser les événements des usagers au sein de son service dating pour faciliter les rencontres réelles. Le principe est pertinent, mais à manier avec précautions.

Une discrétion à toute épreuve… vos données personnelles sont confidentielles ?

Les utilisateurs de Facebook pourraient, à juste titre, s’interroger sur d’éventuelles fuites de leur orientation sexuelle vers des partenaires commerciaux peu scrupuleux. Facebook prend les devants : « pas de publicité sur le service dating ». Mais le scandale récent des fuites de données personnelles avec l’affaire Cambridge Analytica, risque d’en refroidir plus d’un. Un long travail de communication attend Facebook pour regagner la confiance de ses usagers. D’autant plus qu’il faudra taire les ralliements d’adversaires déjà bien implantés. Ces sites de rencontre voient d’un mauvais œil le géant piétiner leurs plates-bandes et ne manqueront pas une occasion de tirer dessus à boulet rouge.

Présentation de l'interface dating de l'application mobile Facebook
L’interface dating de l’appli Facebook

Quand le sulfureux Tinder inspire le sage Facebook

L’interface dating, présentée à la conférence des développeurs, nous laisse un peu sur notre fin. Rien d’innovant sur le fonctionnement, on s’attendait à plus d’originalité sur un marché où les sites de rencontre reformulent indéfiniment le même concept et se copient allègrement. Mais c’est à lire au conditionnel, le service n’est pas encore actif. Le dating Facebook est intégré en tant que fonctionnalité additionnelle de l’application mobile. Le profil dédié aux rencontres doit être activé par l’utilisateur. Les mauvaises langues diraient que c’est juste une copie de l’application Tinder. Les fonctionnalités sont proches effectivement, mais le système a fait ses preuves et se montre très efficace. Quelques photos et une courte description pour créer son profil. On swipe à tout va pour choisir ses prétendants et le contact se fait si l’intérêt est réciproque. Les profils mis en avant sont sélectionnés sur divers critères : âge, géolocalisation, centres d’intérêts…
L’un des points clés mis en avant par Facebook est la capacité de réunir les personnes sur un événement en commun et donc de proposer des rencontres réelles, sur le lieu de l’événement. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du service de rencontre proposé par Facebook : sa capacité à interconnecter les données déjà partagées par l’utilisateur sur son compte Facebook avec son profil dating. Le matching se fait sur de nombreux éléments, il bénéficie par ricoché de toutes les facettes du réseau social. Cet dimension révèle tout son potentiel quand on prend en compte la base colossale d’usagers réunie par Facebook.

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